NOTICE HISTORIQUE SUR LA COMMUNE DE PETITE-SYNTHE

Publié le par grande-synthe tout une histoire

ARRONDISSEMENT DE DUNKERQUE (NORD)

Par M. Verbeke, Instituteur

Mémoire couronné en 1875

In Mémoires de la Société Dunkerquoise, volume 18, 1873

Transmettons à nos successeurs

le souvenir de nos ancêtres

 

 

Petite-Synthe actuel

Le territoire de Petite-Synthe forme un vaste quadrilatère assez régulier de 1.847 hectares et ½, ayant pour limites : au Nord, la mer ; au Sud, le canal de Coudekerque-Branche, de Cappelle et d’Armboutscappel ; à l’Est, la ville de Dunkerque, son chef-lieu de canton et celui de son arrondissement, et à l’Ouest le chemin de Coxfortstraete qui le sépare de Grande-Synthe et de Fort-Mardick.

 Le canal de Mardick, quoiqu’il soit tout entier sur la commune de Petite-Synthe, et qui se dirige de l’Est à l’Ouest sur une étendue de deux kilomètres, puis perpendiculairement à la mer divise la commune en deux parties à peu près égales en étendue ; le village proprement dit et le hameau de St-Pol qui se trouve enfermé entre le canal de Mardick, les fortifications et la mer.

Le nom de St-Pol lui vient d’une enseigne de cabaret établi dans les dunes à la fin du siècle dernier, à environ deux kilomètres de Dunkerque. Le chef de ce modeste établissement, homme de bon goût et d’intelligence, a voulu consacrer, par son enseigne, la mémoire du célèbre marin de St-Pol, contemporain de Jean Bart, presque son égal en bravoure, qui fut tué d’un coup de mousquet dans un combat naval livré aux Anglais le 30 avril 1705, dans la mer du Nord.

Cet endroit s’appelait primitivement Cattegat, puis Tornegat, d’Hoornegat ou Dornegat.

D’après le recensement de 1872, la population de Petite-Synthe est 3.737 habitants : 1.864 hommes et  1.873 femmes ; elle est répartie entre 893 ménages qui occupent 846 maisons.

 

Origine de Petite-Synthe

Bien peu de localités ont subi autant de transformations que la commune qui nous occupe. En effet, à mesure que le génie de l’homme faisait en cet endroit une nouvelle conquête sur la mer, soit en aplanissant les dunes pour les livrer à la culture, soit en comblant les criques ou en construisant des digues, oevers ou dicks, pour s’opposer aux envahissements des eaux, des parties de son territoire lui furent enlevées : les unes vinrent agrandir la ville de Dunkerque, les autres furent annexées aux communes de Mardick et de Grande-Synthe.

Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, à l’époque ou de zélés missionnaires vinrent évangéliser le pays qu’on nomme aujourd’hui la Flandre et qui s’appelait alors la Morinie, il ne se trouvait aucune localité dénommée le long du littoral de la mer entre Zuydcoote et Mardick.

Les rares habitants qui construisaient leurs cabanes sur les éminences, près de la côte, vivaient isolés.

C’étaient, en général, de pauvres pêcheurs, quelques-uns cependant pratiquaient l’industrie du saunier, ainsi que le prouve le nom de salines, conservé aux relais de mer avoisinant Dunkerque et faisant partie de la commune.

Il ne leur fallait, pour leur pêche, ni barques, ni canots. A marée basse, ils tendaient leurs filets et douze heures après, ils faisaient la récolte des poissons que la mer, en se retirant, avaient laissés captifs.

Jusqu’à cette même époque, au moment du flux, la mer inondait une partie du pays, car il n’existait aucune écluse, et les dunes étaient les digues naturelles qui mettaient seules obstacle à l’envahissement des eaux.

Les eaux pluviales, trop abondantes pour être absorbées par le sol, suivaient les inclinaisons du terrain et creusaient les cours d’eau. C’est ainsi que le formèrent le Nordgracht et le Rietvliet.

Au milieu du 7e siècle, plusieurs monastères s’établirent dans la Morinie, et les habitants convertis au christianisme, dont les mœurs s’étaient adoucies avec la civilisation, aidèrent les moines dans leurs travaux de culture, de défrichement et d’irrigation.

Des bourgs, des villages, des hameaux se formèrent, le commerce et l’industrie prirent un certain développement.

Vers l’an 800, Mardick surtout était une ville florissante.

A cinq kilomètres à l’Est de cette place, se trouvait une croix dite de la fontaine à l’eau fébrifuge ; il s’y faisait un pèlerinage très renommé. Cet endroit a toujours fait partie du territoire de Petite-Synthe.

Ce pèlerinage qui attirait sans cesse de ce côté une multitude d’étrangers, fut cause qu’un certain nombre d’entre eux se fixèrent en ces lieux. Ainsi se forma le hameau qui, plus tard, fut érigé en commune sous le nom de Petite-Synthe, Sainte, Sanctum ou Sinthonis.

« en 1038, Mardick était en si bonne voie de progrès, dit M. de Bertrand, dans son Histoire, qu’il attirait plus que jamais une masse incalculable d’étrangers affluant de toutes parts, son seulement dans ses murs par l’heureuse prospérité de la ville et de son port, mais encore dans son voisinage à cause du saint pèlerinage qui y était établi à un endroit nommé Sanctum ou Sinthonis.

« C’est ainsi que les environs de la ville, dans un rayon très étendu finirent par se peupler et par former des hameaux, parmi lesquels on vit s’élever ceux d’Armboutscappel, d’Armboutscappel-Cappelle et de Sinthonis même dont nous venons de parler. A la longue, on y avait érigé des oratoires pour satisfaire la piété des nouveaux habitants, oratoires qu’on finit bientôt par convertir en églises.

« Par suite de cet état de choses, un démembrement du territoire de Mardick-campagne s’effectua.

«  Entre autres paroisses, on créa le village de Sinthonis ou Synthe qui comprenait à peu près tout ce que les communes de Grande-Synthe et de Petite-Synthe possèdent aujourd’hui de terres, moins celles dans la partie septentrionale que la mer a abandonnées depuis cette époque. »

Il faut cependant remarquer que l’église actuelle de Grande-Synthe se trouve à deux kilomètres à l’Ouest de l’endroit où s’élevait la croix de la fontaine dite Cruys-Bellaert.

Le nom de Cruys-Bellaert a été conservé à la section A de la commune de Petite-Synthe.

« La croix nommée Cruys-Bellaert ou croix des clochettes, en vénération dans la paroisse, dit M. Hidde dans son manuscrit, a été enterrée dans un endroit où il y a présentement une chapelle avec un puits qu’on appelle la chapelle de la fontaine située dans une pâture appartenant à cette église, que depuis cette invention, il y eut toujours une source de bonne eau ; qu’on y a planté une croix de bois pour monument.  Cette eau est réputée fébrifuge, soit par miracle, soit par sa nature. Mais ce qu’il y a de certain, les plus anciens comptes de l’église remarquent que le dimanche après l’exaltation de la sainte croix, jour de la dédicace de Petite-Synthe, on y fit la procession, qu’un prêtre y prêcha.

La nouvelle paroisse de Petite-Synthe eut pour limite, du côté de Mardick, le chemin nouvellement construit dit Vlaminckstraete. Le terrain du moderne hameau des pêcheurs qui  en a dépendu jusqu’en 1867, époque à laquelle il a été érigé en commune sous le nom de Fort-Mardick, était couvert par les eaux.

 

Petite-Synthe érigée en commune

Une charte datée du jour de la Pentecôte de l’année 1067, donnée par Baudoin V, porte concession à l’abbaye de Saint-Winoc à Bergues, des salines de Synthe, si elles venaient à être défrichées et à s’accroître par le retrait de la mer, et des terrains avoisinants qui pourraient se rencontrer par l’écoulement des eaux de la mer.

En cette même année, Baudoin V mourut laissant à son fils Baudoin VI, le marquisat de Flandre.

C’est vers la même époque que l’on commença les premières digues pour mettre obstacle à l’envahissement des eaux et que l’on perfectionna l’agriculture, pour ainsi dire à sa naissance dans ce pays.

On connaissait à Sinthonis deux catégories d’habitants ; les cultivateurs désignés sous le nom de Laeten, et les journaliers et gens de service connus sous le nom de Landmannen.

En l’année 1197, le comte Baudoin IX confirma les titres d’une donation faite à l’abbaye fondée en 1138 près de la mer, à une lieue de Furnes, au milieu des dunes, de la ferme de Synthe (cette ferme contenait 850 mesures de terre) de la rivière venant de Synthe et de Mardick, passant à l’écluse de Synthe et fluant à la mer, de toute la pêche en dépendant et des hommes qui travaillaient à creuser le lit de cette rivière, depuis le vœux Mardick jusqu’à Venechem, et depuis le Riet-Vliet jusqu’à la mer.

On voit qu’à cette époque les dénominations de Grande et de Petite-Synthe n’existaient pas encore, les deux paroisses étaient confondues.

De nos jours, on cède une ferme avec les bestiaux et les instruments aratoires, à cette époque, on vendait, transportait ou donnait une propriété avec les vilains, manants, roturiers ou serfs attachés à l’exploitation.

La charte ci-dessus nous en fournit un exemple.

Vers la fin du treizième siècle, la lèpre régnait d’une manière effrayante en Flandre. Les principales villes et bourgs eurent leurs hôpitaux des lépreux, ordinairement situés dans les endroits isolés.

Les malheureuses victimes de cette hideuse maladie étaient traitées comme des parias ; il leur était défendu de se trouver dans les assemblées, dans les réunions, dans les marchés, dans les églises et même d’entrer dans les maisons particulières. Il leur était également défendu de rien vendre aux marchés.

Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre, légua par testament, en date de novembre 1273, des sommes assez considérables aux léproseries.

L’endroit où était situé à Bergues l’hôpital des lépreux, s’appelle encore de nos jours Ziekelien, c’est-à-dire maladrerie.

Quelques années plus tard, on construisait le long de la mer une digue qu’on désigna sous le nom de Grave-Jansdyck, digue du comte Jean, elle fut prolongée ensuite jusqu’à Calais.

En 1383, l’armée anglaise ayant saccagé Mardick, pris et pillé Dunkerque, livra sur le territoire de Petite-Synthe, un terrible combat aux Flamands auxquels s’étaient joints les chevaliers de Bourbourg, Bergues, de Nieuport, de Poperinghe et de Furnes. Ceux-ci, malgré leur valeur, furent défaits et plus de 9.000 Flamands restèrent sur le champ de bataille.

La digue du comte Jean de Namur étant presque entièrement détruite, Jean-sans-Peur la fit relever en 1419. C’était un bienfait pour les cultivateurs qui eurent plusieurs fois à souffrir des dégâts ruineux par suite du débordement des eaux.

Il existe encore des vestiges de cette digue sur le territoire de Grande-Synthe.

En 1469, Petite-Synthe, quoique toujours hameau dépendant de Grande-Synthe, avait acquis une certaine importance et laissait prévoir sa prochaine indépendance.

Un recensement de cette époque le désigne sous le nom de Sintene-Cappelle comptant XXIII feux, c’est-à-dire suivant le calcul d’alors, qui admettait neuf personnes pour deux feux, 103 habitants.

Grande-Synthe y figure sous le nom de Sintene-Groot-Minister ; il compte XLVII feux ou 211 habitants.

Au milieu du seizième siècle, les habitants de Synthe eurent beaucoup à souffrir du passage des troupes françaises sous les ordres du maréchal de Termes qui prit Dunkerque, livra cette ville au pillage et incendia ses principaux monuments. Mardick fut également dévasté et une partie de ses habitants quittèrent ces lieux de désolation pour s’établir plus loin, ce qui accrut beaucoup la population de Sintonis.

Par suite de cet accroissement, le hameau de Sintene-Cappelle fut érigé en paroisse dans le courant de l’année 1559. Il prit le nom de Petite-Synthe (Cleen-Synten), par opposition à l’ancienne paroisse que l’on désigna sous celui de Grande-Synthe (Groot-Synten).

La limite séparative entre les deux paroisses était le Coxfortstraete qui se dirigeait directement vers la mer, laissant à petite-Synthe tout le territoire qui forme actuellement la commune de Fort-Mardick, autrement dit le hameau des pêcheurs.

La paroisse de Petite-Synthe dépendait du décanat de Bourbourg, pour le spirituel, et de la châtellenie de Bergues pour le temporel.

En 1574, le pape Grégoire XIII publia un édit par lequel il ordonnait que l’année commencerait à l’avenir le 1er janvier. Avant cette époque, il n’y avait pas de date fixe dans la Flandre pour commencer l’année.

La langue flamande était seule parlée dans la commune et comme les livres étaient très rares, on voyait les habitants de Petite-Synthe, qui étaient très pieux, assister assidûment aux offices divins un chapelet à la main.

 

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